Les femmes écrivent, les talibans effacent

Chaque nuit, à Kaboul et à Herat, les militantes du Mouvement spontané des femmes afghanes écrivent des slogans anti-talibans et leurs revendications sur les murs des villes, mais les talibans les effacent. Le gouvernement anti-femmes des talibans a peur des manifestations de femmes et de l’éveil de leur protestation. Ils font tout ce qui est possible pour tenter de le supprimer. Les services de renseignement talibans essayent d’identifier, d’arrêter et de torturer les manifestantes. 

Les manifestantes obtiennent le soutien de leurs familles et des hommes

Les talibans ont brutalement interdit les manifestations des femmes dans la rue et ont emprisonné des manifestantes, mais les femmes n’ont jamais reculé et leur lutte continue. Cette mobilisation n’a non seulement pas diminué d’un point de vue numérique, mais elle s’étend au sein des familles et des foyers et gagne le soutien des hommes. Sayed Akram, un habitant de Kaboul père de trois filles, est inquiet pour leur éducation et leur avenir. Alors il soutient leur lutte pour la réouverture des écoles et des universités. 

Ruhollah, de la province de Nangarhar, qui a perdu la vue pendant la guerre, s’inquiète des problèmes économiques de sa famille. Il explique que sa femme était la seule à pouvoir subvenir aux besoins du foyer car elle travaillait dans une institution étrangère. Mais depuis que les talibans ont interdit aux femmes de travailler dans ces institutions, nationales ou étrangères, elle a perdu son travail et ne peut plus subvenir aux besoins de la famille. Ruhollah appelle les hommes et les jeunes à soutenir les manifestations des femmes pour du pain, l’éducation et la liberté.

Les demandes des femmes afghanes se radicalisent

Les manifestations des femmes afghanes ont commencé à Kaboul et dans d’autres villes d’Afghanistan au moment où les talibans sont revenus au pouvoir en août 2021. Depuis le début, le slogan « pain, travail, liberté » était au cœur de ces manifestations. Le Mouvement spontané des femmes afghanes n’a jamais abandonné le champ de bataille malgré la répression, la torture et les menaces d’emprisonnement par les talibans, et il continue à se battre pour leurs droits. 

Certaines femmes, affiliées au Front national de résistance sous le commandement d’anciens chefs de guerre et violateurs des droits humains, ainsi que des femmes qui occupaient des positions importantes dans l’ex-gouvernement d’Ashraf Ghani, ont essayé de saboter ces manifestations. Afin d’obtenir une place dans le gouvernement taliban, elles ont essayé de passer des accords avec eux, y compris en dénonçant et en vendant les manifestantes. Cependant, femmes et jeunes filles d’Afghanistan sont désormais au courant. Elles ont assez d’expérience pour ne pas tomber dans le piège des accords secrets avec les talibans et des prétendus « résistants » manipulés par des États fauteurs de guerre. 

Le Mouvement spontané des femmes afghanes ne combat pas seulement pour « le pain, l’éducation, le travail et la liberté » des femmes. Il croit aussi que, sous le gouvernement taliban, comme sous le prétendu gouvernement fédéral composé de talibans, d’anciens chefs de guerre et d’anciens fonctionnaires corrompus du gouvernement d’Ashraf Ghani et de Hamid Karzaï, il est impossible pour les femmes d’obtenir leurs droits, la liberté et la protection sociale. Ainsi, les femmes et le peuple d’Afghanistan n’acceptent ni le gouvernement des talibans ni le retour des fonctionnaires corrompus du précédent gouvernement. Les femmes afghanes veulent le renversement du gouvernement des talibans et l’établissement d’un gouvernement laïque et démocratique. 

Nous, déléguées à la Conférence internationale des femmes travailleuses du 29 Octobre 2022…

Nous, déléguées à la conférence internationale des femmes travailleuses, tenue le 29 octobre 2022, ayant reçu le message du Mouvement spontané des femmes afghanes adressé à notre conférence, décidons de nous constituer en comité international de défense des femmes afghanes qui manifestent contre le régime. 

Ce message fait état des persécutions dont sont victimes les femmes afghanes de la part du régime des talibans et aussi des protestations et manifestations de femmes organisées contre ces attaques. 

Nous décidons de faire connaître largement le message de nos sœurs afghanes dans nos pays respectifs et, en particulier, les six demandes qui figurent en conclusion (lire ici). 

Afin de mettre en œuvre les demandes dont elles nous saisissent, nous appelons toutes les femmes et tous les hommes attachés à la défense des droits démocratiques et des droits des femmes à rejoindre le comité international afin d’organiser la campagne. 

Adopté à l’unanimité par la conférence

Le message du « Mouvement spontané des femmes afghanes » à la conférence internationale des femmes travailleuses (28 octobre 2022, Kaboul)

Aujourd’hui, les femmes afghanes vivent sous le régime le plus misogyne, où elles sont privées de tous leurs droits humains et civils. C’est pour cette raison que les militantes afghanes ont formé leur propre mouvement de protestation après l’instauration du régime taliban en août 2021. Ce mouvement a organisé des manifestations de femmes dans les villes de Kaboul, Jalalabad, Hérat, Mazâr-e-Charîf et Bâmiyân avec les slogans (pain, travail, liberté). 

Lorsque les femmes protestent et manifestent contre la violation de leurs droits, la police talibane les réprime brutalement, les bat et les menace de prison et de mort (…). 

Les services de renseignement talibans identifient les militantes et celles qui participent aux manifestations, les arrêtent pendant les manifestations, à la fin des défilés ou, plus tard, à leur domicile, les emprisonnent et les torturent dans leurs prisons officielles ou privées (le rapport des Nations unies de septembre 2022 confirme l’existence de prisons privées talibanes et la torture des prisonniers). 

(…) On ignore combien de manifestantes et de combattantes pour la liberté sont emprisonnées dans les prisons officielles et privées des talibans et dans quel état elles se trouvent. Car les organisations nationales et étrangères de défense des droits de l’homme et les familles des prisonniers n’y ont pas accès. 

(…) Certaines femmes libérées des prisons talibanes ont parlé de tortures, d’agressions sexuelles, de menaces de mort à l’encontre de membres de leur famille, de l’impossibilité d’avoir accès à un avocat et de l’absence de communication avec les membres de leur famille. 

Outre les dizaines de combattantes et de manifestantes qui se trouvent dans les terribles prisons des talibans, ou les dizaines d’autres qui ont été tuées par des personnes affiliées aux talibans (…), il y a actuellement des centaines d’autres femmes combattantes, socialistes, laïques, féministes, militantes de la société civile, défenseuses des droits des femmes, journalistes, enseignantes, étudiantes d’université et de lycée et femmes au foyer qui sont poursuivies par les talibans et qui sont obligées de vivre dans la clandestinité. (…) Les femmes qui protestent sont recherchées et leur vie est en grand danger. 

Par conséquent, les revendications du « Mouvement spontané des femmes afghanes » de la part des femmes combattantes et des forces progressistes en France, en Allemagne, en Amérique et dans d’autres pays du monde sont les suivantes : 

– Constituer un comité international pour la défense des manifestantes d’Afghanistan. 

– Demander le soutien des principales organisations internationales de défense des droits des femmes et des droits de l’homme afin d’identifier les femmes emprisonnées dans les prisons officielles et privées des talibans. 

– Lancer une campagne internationale pour la libération des manifestantes des prisons talibanes. 

– Faire pression pour la protection des femmes recherchées et en danger en Afghanistan. 

– Créer une solidarité internationale des femmes avec les femmes combattantes en Afghanistan. 

– Collecter des aides financières pour les familles des femmes emprisonnées et recherchées. 

Ont constitué le Comité international de défense des femmes afghanes…

Algérie : HAFSI Nadia
Allemagne : ALBERT Lara, membre de Die Linke, syndicaliste IG Metall ; SCHADE Vera, membre de Die Linke
Belgique : AIME Emilie, enseignante ; DARMONT Eléonore, étudiante ; K. Olga, travailleuse sociale
Bénin : GNONLONFOUN Liliane, syndicaliste
Chili : LAPERTE Marcela, Mouvement indépendant pour les droits du peuple (MIDP)
État espagnol : MARTIN Reme, retraitée, militante ouvrière 
États-Unis : BACCHUS Natalia, assistante de la présidente du Syndicat des enseignants de Baltimore (Maryland)* ; DIAMONTE Brown, présidente du Syndicat des enseignants Baltimore Teachers Union (AFT, AFL-CIO) (Maryland)* ; KHONSARI Niloufar, avocate et militante pour les droits des travailleurs immigrés ; KNOX Lisa, avocate, militante pour les droits des travailleurs immigrés ; ROJAS Désirée, présidente de la section de Sacramento du Labor Council for Latin American Advancement (AFL-CIO)* ; SHONE Mya, Socialist Organizer 
France : KEISER Christel, secrétaire nationale du POID et responsable de sa commission femmes travailleuses ; BAHLOUL Maïa, étudiante, FJR ; TIZZI Djemilla, syndicaliste et membre du POID ; MAS Nicole, membre bureau national du POID ; ADOUE Camille, étudiante, membre de la FJR ; LISCOËT Catherine, retraitée, membre du bureau national du POID ; DUPUY Martine, secrétaire nationale du POID ; MICHAUD Isabelle, syndicaliste CGT ; TEMPEREAU Lucile, jeune travailleuse et militante POID ; SAUVAGE Jeanne, enseignante-chercheuse ; FAURY Stéphanie, responsable du syndicat CGT de l’hôpital de Nemours du CH Sud 77 ; ROUDIL Isabelle, responsable syndicale dans l’Action sociale ; CORBEX Pascal, responsable syndical dans l’Action sociale ; FAUCHEUX Patrice, syndicaliste ; ANANOU Sarah ; ANDERSON Amy ; THRONE Stella 
Haïti : THELOT Myrlène, Haïti Liberté
Hongrie : SOMI Judit, militante ouvrière
Italie : GRILLI Monica, enseignante, déléguée et responsable syndicale ; PANTELLA Agata, enseignante
Maroc : LAMINE Sakina 
Mexique : DIAZ CRUZ Maria de Lourdes, Moviemento Nacional por la transformacion Petrolera ; ORTEGA Marisela, Institut de formation politique de MORENA ; PLUMEDA Liliana Aguilar, Ligue communiste internationaliste ; SUAREZ Lidia, Docteur à l’Université pédagogique nationale 
Pakistan : JAMIL Rubina, All Pakistan Trade Union Federation
Philippines : MIRANDA Judy Ann, Parti des travailleurs (PM)
Roumanie : CRETAN Marioara, Ligue des travailleurs de Roumanie
* À titre personnel 

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